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L’aide aux personnes persécutées et pourchassées en France pendant la seconde guerre mondiale :

une forme de Résistance.

Un texte écrit par quatre collégiens du collège du Vivarais à Lamastre qui ont conduit enquêtes et recherches de documents avec l’aide du documentaliste du collège, Michel Aguettaz, historien de formation.




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L’AIDE AUX PERSONNES PERSECUTEES


ET POURCHASSEES


EN FRANCE






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PENDANT LA SECONDE


GUERRE MONDIALE :


UNE FORME DE


RESISTANCE






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Dossier présenté par :

Etienne Barthélémy

Erwan Delanoé

Ludwig Mourier

Raphaël Raunicher





Collège du Vivarais, 9, route de Tournon, 07270 Lamastre







Sommaire :


-  Remerciements

-  L’aide aux personnes persécutées

-  L’aide aux personnes persécutées en Ardèche : un exemple Lamastre et ses environs -Les enfants Wertheimer : un sauvetage in extremis -Mimi et Rosa -Betty et Eugénie

-  L’aide médicale -Le docteur Elysée Charra

-  L’aide aux réfractaires au S.T.O. et aux maquisards

-  Conclusion

-  Sources






Remerciements

Nous tenons à remercier vivement toutes les personnes qui ont bien voulu nous apporter leur aide dans ce travail.

-Madame Muriel Beraha, pour son témoignage sur son séjour à Lamastre chez la famille Ranc -Monsieur Bernard et le musée de Désaignes qui nous ont accueillis et prêté des documents -Monsieur Carthaut-Brunel pour tous les documents qu’il nous a confiés concernant Madame Eugénie Brunel - Monsieur Raoul Galataud pour son témoignage sur son séjour hospitalier à Lamastre en 1943 - Madame Betty Prins-Hyatt pour son témoignage sur son séjour à Gilhoc chez Madame Eugénie Brunel - Monsieur Georges Ranc pour son témoignage et les photographies qu’ils nous a confiées - Monsieur Gilbert Sauvant pour son témoignage

- L’association Les Rias, et tout particulièrement Mesdames Cimaz et Beraud-Williams, pour les documents qui ont été mis à notre disposition.


Sans les témoignages et les documents que toutes ses personnes ont bien voulu nous confier ce dossier n’aurait pu être réalisé.






L’aide aux personnes pourchassées en Ardèche : un exemple Lamastre et ses environs


La première rafle en France concernant des Juifs date du 14 avril 1942. Ils furent internés à Drancy avant leur déportation dans les camps. Quand les rafles ont commencé des Israélites étaient en relation avec d’autres personnes en particulier dans le cadre de leur travail. Il est arrivé alors que ces Juifs furent cachés par ces mêmes personnes avec lesquelles elles étaient en contact.

Gilbert Sauvant, que nous avons rencontré à Cléon d’Andran le samedi 26 janvier 2008, nous a donné l’exemple de la famille Rotchild qui trouva refuge dans la Drôme en 1942 :

« Mon beau-père vendait des tracteurs Austin en provenance d’Oise. Il était en relation d’affaires avec Monsieur Rotchild. Quand a été instauré le statut du Juif, M. Rotchild et sa famille se sont d’abord cachés en Ardèche, mais ils n’étaient pas content et ils ont demandé a mon beau-père de les faire venir a Cléon d’Andran. M. Rotchild a été ensuite arrêté a Cléon d’Andran sur dénonciation par la Gestapo, après s’être défendu et battu avec les gestapistes venus l’arrêter. Il a été amené à Montluc, puis à Auschwitz d’où il n’est jamais revenu. Ce qui est étonnant pour cette période, c’est que la femme et le frère de Mr Rotchild, qui étaient là, n’ont pas été arrêtés par la gestapo. »


L’aide apportée aux Juifs dans la région de Lamastre

Contrairement à la famille Rotchild, beaucoup de Juifs n’avaient pas de connaissances dans les zones de campagne. Ils vinrent s’y installer parce qu’elles offraient des possibilités de refuge bien supérieures aux villes. Les dangers restaient pourtant bien réels et sans l’aide de certains habitant il leur aurait été impossible d’échapper aux arrestations.

La région de Lamastre accueillit un certain nombre de personnes qui cherchaient à échapper aux polices allemandes et aussi française. Monsieur Bernard, qui a mis en place au musée de Désaignes l’exposition consacrée à la Deuxième Guerre Mondiale, a recensé plus de trente personnes hébergées dans Lamastre et ses environs. On peut citer entre autres :

-  La famille Prins avec ses deux enfants. Nous verrons plus loin le destin de Betty Prins et de son petit frère.

-  Henri Spendorf, 10 ans confié par son père au Pasteur Henri Minsen de Lamastre.

-  M. Lévy, caché chez les Chaudier, à la ferme des Bouchettes, près de Nozière.

-  Esther Charrack, 12 ou 13 ans, cachée chez la diaconesse de La Pras.


Ces familles vinrent ici de différentes manières.

Certaines arrivèrent plus ou moins par leurs propres moyens. Ce fut le cas de la famille Klein, avec ses deux enfants, venue à Lamastre par contact avec Edouard Chambron, menuisier route de Vernoux, et hébergée chez Mme Blanc, habitant route de Vernoux. Ce fut le cas également de Gérald Levy qui par l’intermédiaire du Dr Elysée Charra put à la fin 1942 cacher à Désaignes, à l’hôtel Ranc, sa mère à demi aveugle et sa nièce Muriel.

D’autres parvinrent dans le secteur grâce à des réseaux qui convoyaient des personnes jusque dans des familles prêtes à accueillir des personnes en danger.

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Madame et Monsieur Picot

devant leur maison.

Ils reçurent la médaille des Justes en 1998, à titre posthume.

Document du musée de Désaignes




Ainsi des réseaux protestants utilisant à la fois des structures officielles, comme la CIMADE (Comité Inter-Mouvement Auprès Des Evacués,) ou l’Armée du Salut, et des organisations clandestines permirent à un grand nombre de personnes de se réfugier sur le plateau ardéchois.

L’exemple du Chambon-sur-Lignon a été le plus médiatisé mais on ne doit pas oublier que les secteurs voisins participèrent à cette action. Ainsi le grand Rabin de France, Isaie Schwartz a été caché, avec l’aide du pasteur Estoppey, chez Edouard et Judith Picot à Intres.


La sécurité dans les campagnes n’était pas totale, loin de là. Ainsi la chasse aux Juifs fut organisée jusque dans cette région alors assez isolée. La Gestapo, avec la collaboration de la gendarmerie et grâce aussi à des dénonciations, vint à Lamastre à plusieurs reprises pour arrêter des personnes juives.

Le 9 avril 1943 par exemple, Lucien Schloss, ancien officier de guerre 14/18 a été arrêté dans sa chambre a l’hôtel du Commerce par deux gestapistes venus directement à l’hôtel, donc renseignés.

Le 13 avril 1944, l’opération est de plus grande envergure : Iso Gory, Roger et Dyna Maous, Berte et Roger Kaufman, André Mosse, Françoise Moise, Aziel Abrami sont arrêtés route de Vernoux.

Dans l’urgence de ces terribles circonstances l’aide aux personnes pourchassées s’est manifestée et permit de sauver plusieurs personnes, en particulier des enfants.


Voici trois exemples de ces sauvetages pour montrer toute la diversité des secours apportés.


Les enfants Wertheimer : Un sauvetage in extremis.


Yvonne Wertheimer a été arrêtée le 29 Novembre 1943 à 10 heures, par trois Allemands, dans sa maison louée place des Jardins, à Lamastre.

Les Allemands, un sous-officier et un soldat, sont ensuite allés à l’école pour chercher ses deux enfants, âgés de sept et neuf ans.

Ils se sont d’abord rendus dans la salle du directeur, qui les a retenus un bon moment. Pendant ce temps, Pierre Rey, l’instituteur des deux enfants leur a dit de passer dans la salle voisine, celle de Mr Berthier et de gagner ensuite le grenier de l’école. Des élèves, Marinette Chodoreille et Marinette Mandon, cachèrent toutes deux les sacs de leurs camarades Juifs avant que les allemands arrivent dans la classe.

M. et Mme Mazabrat, tous deux instituteurs, firent amener par Maurice Bouit et la Capitaine Corée de l’Armée du Salut les deux enfants chez Aristide Chalamet, résistant notoire, domicilié rue Olivier de Serre.

De là, Aristide fit prévenir par un certain « Milou » Guy Dürrenmatt et son ami « Pateux », livreur de lait, qui réquisitionnèrent les deux premiers vélos venus et foncèrent rue Olivier de Serre.

Pendant ce temps-là, les Allemands furieux interrogeaient le maître qui déclara qu’il n’avait pas vu les enfants depuis deux jours et les élèves ne le contredirent pas, même sous la menace ( le fils d’un gendarme collaborateur ne pipa mot lui non plus).

Guy et Pâteux, eux, pédalèrent sur la route du Cheylard, dans la crainte d’entendre le bruit des moteurs et arrivèrent sans encombre à La Pras, à la ferme de Charles Saignol, un des animateurs de la Résistance locale. La ferme Saignol fut un lieu de refuge pour beaucoup de personnes. Là, Geneviève Saignol, la fille de Charles, a soigné et réconforté les enfants.



Mimi et Rosa

Mr Gérard Lévy est arrivé à Désaignes, village situé à quelques kilomètres de Lamastre, par l’intermédiaire du Dr Élysée Charra, où la famille Ranc lui trouva une maison pour sa mère à demi aveugle et pour sa nièce de trois ans, Muriel Weil, dont la maman venait d’être déportée.

« Fin 1942, je suis arrivé à Lamastre chez Monsieur le Docteur Charra, dont l’adresse m’avait été communiquée par mon beau-frère afin de lui demander, soit d’entrer dans les FFI, soit de me trouver un lieu pour sauver ma famille. » a écrit Gérard Levy dans une lettre dactylographiée que nous avons trouvée au musée de Désaignes.

Pour des raisons de sécurité, la menace d‘une rafle à Lamastre étant imminente, la petite Muriel est envoyée par Suzanne Ranc chez sa cousine Rosa à Chamau, petit hameau isolé sur les hauteurs de Lamastre.

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Georges, le fils de Rosa, que nous avons rencontré à Chamau le 15 janviers 2008 nous a dit :

« J’avais de la Famille à Désaignes qui ne pouvait s’occuper de l’enfant qui leur avait été confié et que l’on a fait venir chez nous parce que cela se prêtait mieux à ce genre de camouflage. »


Dans le livre « Enfance Cachée » paru chez Ramsay en 2005, Muriel Weil témoigne : « C’est au péril de sa vie que Rosa m’a accueillie. On ne sait ce qui aurait pu m’arriver si elle n’avait accompli ce geste. Elle a été merveilleuse de dévouement. D’autant qu’il dépassait ma modeste personne puisque d’autres enfants juifs sont passés, trouvant ainsi un refuge inespéré ».


(JPG) Muriel, dit Mimi, restera jusqu’à la fin de la guerre chez les Ranc. Il était difficile de cacher sa véritable identité aux élèves de la classe.

A ce sujet, Georges Ranc nous raconte : « Je pense que les problèmes ont vraiment commencé quand les gosses ont grandi et se sont retrouvés en contact avec des gens qui voulaient savoir (...) »

Rosa ayant expliqué à Georges qu’il devait dire que Mimi était une « cousine », aucune imprudence ne fût commise et les Ranc ne furent jamais arrêtés ni soupçonnés.

Mimi et Georges (âgé de 4 ans lors des faits), compagnons de jeux de l’époque, se revoient de temps à autres (une fois par an) pour ne pas oublier le passé .

Rosa et Henri Ranc sont morts tous les deux en février 2002. En 2000, Rosa s’était vue décerner le titre de Juste des Nations.

Georges vit toujours à Chamau et est aujourd’hui âgé de 72 ans.

Rosa fut une femme vraiment remarquable. Elle avait en effet un courage extraordinaire puisqu’elle était alors seule pour tenir sa ferme, son mari Henri étant prisonnier en Allemagne, d’où il ne rentra qu’en 1945.

Elle vivait avec ses beaux parents déjà âgés et son petit garçon Georges, 4ans. Pourtant elle n’a pas hésité à accueillir Muriel mais aussi d’autres enfants Juifs que les réseaux protestants firent séjourner temporairement dans sa ferme. Leur nombre et leurs identités nous sont restés inconnus. Les règles de sécurité étaient strictes et Georges Ranc, notre témoin, était trop jeune à l’époque pour s’en souvenir avec précision.

Seule une photographie et des remerciements signée de Jacqueline laissent une trace de ces séjours clandestins qui sauvèrent des vies.


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Cet accueil représentait déjà de gros risques mais Rosa s’engagea encore plus loin dans son action de Résistance. Elle accueillit pendant plusieurs mois deux réfractaires au S.T.O. originaires de Lamastre qui couchèrent dans la grange.

Elle a même offert le refuge au Pasteur André Trocmé, l’un des organisateurs de l’aide aux Juifs sur le plateau ardéchois, recherché par la Gestapo.

Tout cela malgré les risques encourus, malgré la pénurie matérielle et malgré sa solitude et le travail qu’elle devait effectuer en grande partie seule.


En récompense de son courage exceptionnel et de son attitude exemplaire, Rosa a reçu la Médaille des Justes, un titre honorifique décerné par Yad Vashem.




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Une jeune fille

qui

séjourna

quelques temps

à Chamau

et qui envoya cette photo,

prise dans la Drôme (à Chateaudouble)

en décembre 1943,

avec un mot de remerciement

pour Rosa.

D’elle nous ne connaissons que son prénom : Jacqueline.

Collection Georges Ranc





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Le pasteur Trocmé et son épouse.


Au dos de la photo on peut lire :


« En souvenir de septembre et octobre 1943 »

Signé Magda et André Trocmé

Collection Georges Ranc




Le pasteur André Trocmé est né le 7 avril 1901. sa mère étant allemande, il avait très tôt compris l’idéologie nazie et ses dangers. Nommé pasteur au Chambon-sur-Lignon il s’engagea rapidement dans le soutien aux Juifs comme le firent de nombreux habitants du plateau. Il travailla avec Charles Guillon, maire du Chambon, le pasteur Theis, directeur du collège cévenol, Roger Darcirac, le directeur de l’école publique.

Lorsque le préfet annonça au pasteur Trocmé un recensement des Juifs sur le plateau du Lignon, il répondit « Nous ignorons ce qu’est un Juif, nous ne connaissons que des hommes.  »

Arrêté en 1943, il refusa de signer un papier d’allégeance à Pétain. Après cette arrestation il fut interné 28 jours au camps de Saint-Paul d’Eyjeaux. Libéré, il dut redoubler de prudence et c’est dans ces circonstances qu’il vint se cacher à Chamau.


Georges nous raconte : « Il a fallu qu’il cherche une planque et comme il avait le contact avec notre famille pour les enfants, il a demandé si on pouvait lui procurer un petit logement, mais très modeste ; il n’y avait pas grand confort. Ca lui permettait d’être plus en sécurité [...] Il ne sortait pas en dehors de la nuit , il ne s’exposait pas dans la journée [...] Moi j’étais gosse, je peux pas dire que j’ai vu d’autres personnes venir mais ça pouvait bien se passer en dehors de la vue des enfants... »



Betty et Eugénie

Eugénie Brunel est née le 29 août 1899. Elle obtint son diplôme de sage-femme en 1923, à la faculté de médecine de Lyon.


Elle parcourait Lamastre et ses environs à pied et à vélo jusqu’en 1930 où elle obtint son permis de conduire et acheta une « 5 cv Peugeot ».



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Eugénie Brunel dans sa 5 cv avec laquelle elle transporta des Maquisards

Collection Monsieur Carthaud-Brunel






En 1940, elle vit arriver une famille juive, les Samuel, originaire de Strasbourg. Mme Brunel mère étant épicière a Gilhoc, Eugénie cacha la mère (qui paraissait non-voyante) et ses trois enfants, Ernest, Marcel et Alice, dans les combles de l’épicerie maternelle.

Ils travaillaient « au noir » chez des paysans, en échange du repas de midi et de légumes gratuits.


Betty Prins-Hyatt et sa famille avaient fui la Hollande occupée lorsqu’ils se retrouvèrent à Lamastre.

En ce lieu, le père et le grand-père, inscrits sur le registre des personnes juives de la gendarmerie, comme l’exigeait la loi, furent déportés. Le papa de Betty mourut à Auschwitz et le grand-père dans le train qui l’emmenait aux camps de concentration.

La mère et la grand-mère réussirent à prendre la fuite avec Betty, 6 ans et son petit frère Freddy, âgé d’environ 4 ans.

Nous avons pris contact avec Betty, qui habite aujourd’hui Los Angeles. À ce sujet, elle nous écrit :

« Le Maquis décida qu‘il était temps pour mon frère, ma grand-mère et moi d’aller immédiatement nous cacher. Des arrangements furent pris pour les enfants pour qu’ils soient évacués par deux personnes de l’Armée du Salut (un homme, une femme) sur des bicyclettes pendant la nuit, et ils nous emmenèrent dans une ferme dans les montagnes. Là, nous rejoignîmes ma mère et ma grand mère.





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Le permis de circulation d’Eugénie Brunel


Collection Monsieur Carthaud-Brunel





Plus tard, nous fûmes hébergés dans une ferme abandonnée située dans les montagnes juste au-dessus de Gilhoc. » Betty fut confiée à Eugénie qui faisait partie de la Résistance et avait comme rôle de soigner les maquisards blessés.

Betty nous a dit par courrier :

« Eugénie Brunel était impliquée avec le Maquis et a été chargée de garder un œil sur nous. Madame Brunel m’aimait bien, et elle m’a pris chez elle à Gilhoc.

Je devais juste attendre pour aller à l’école que cela soit possible de le faire en toute sécurité.

J’étais connue au village comme étant la cousine d’Eugénie Brunel venant de Paris pour vivre avec elle. Mon faux nom était Bertha Lambert (...) ».


Eugénie continuait ses actions clandestines. Elle participa par exemple à la réception d’un parachutage sur la commune de Gilhoc. Lorsqu’elle entendit sur Radio Londres le mot de passe convenu : « Gilles à la gale », elle prévint Monsieur Bouvier et ils attendirent ensemble un parachutage de 17 conteneurs à l’intention de son maquis.


Dans une lettre à la Société des Justes en 1975, Betty écrivit :

« Mlle Brunel a pourvu à tous mes besoins : nourriture, vêtements, et abri, et peut-être le plus important soutien moral, elle m’a aussi donné la possibilité d’aller à l’école et par conséquent de mener une vie aussi normale que possible pendant cette époque turbulente (...) Mlle Brunel savait où se cachait ma mère, mon frère et ma grand-mère et a aidé à les protéger en les surveillant de près. »


Un jour, un officier de la Résistance, traqué par la gestapo, vint se cacher chez elles.

Eugénie dit alors à Betty : « C’est très important Betty, il ne faut parler à personne de cet homme, surtout pas aux petites filles de ta classe »

Betty s’immobilisa devant Eugénie, la regarda dans les yeux et fit “oui“ de la tête. Edmond Plantier resta longtemps chez Eugénie, et personne ne sut jamais qu’il s’était caché ici.

(JPG) Betty, dans la même lettre adressée a la Société des Justes, soulève un point intéressant, l’endoctrinement de certains enfants par leurs sauveurs.

« À la fin de la guerre, j’ai été mise dans un camp américain pour enfants déplacés. Là, à ma surprise, j’ai trouvé que beaucoup d’enfants avaient été endoctrinés dans plusieurs formes de religions chrétiennes.

Ceci m’a donné encore plus de respect et d’estime pour Mlle Brunel, du fait qu’elle n’a jamais essayé de m’exposer à sa propre religion ; quoique depuis, j’ai eu l’occasion d’apprendre qu’elle est une personne avec des sentiments religieux très profonds. »




Les trois exemples de ces enfants qui échappèrent aux mains des Nazis permettent de voir que, dans ces sauvetages, la résistance organisée joua un rôle important mais que ce furent des réactions spontanées qui les déclenchèrent comme celle des instituteurs de Lamastre qui firent s’échapper les enfants Wertheimer avant qu’ils soient pris en charge par des résistants.

Ils montrent également qu’il fallut que des chaînes de solidarité se mettent en place, rassemblant de nombreuses personnes, pour que les sauvetages réussissent.









L’AIDE AUX REFRACTAIRES ET AUX MAQUISARDS


LE STO


En février 1943 le gouvernement de Vichy franchit un pas supplémentaire dans la collaboration en mettant en place le Service du Travail Obligatoire (STO). Les hommes nés en 1920,1921 et 1922 devaient partir travailler en Allemagne pour deux ans.

Cette mesure qui concernait des milliers de jeunes fut tout de suite très impopulaire. Livrés au choix de partir ou de se cacher, beaucoup partirent en Allemagne, mais certains résistèrent et refusèrent leur départ. Ils devinrent les réfractaires au STO.


Beaucoup de personnes décidèrent d’apporter leur aide à ces réfractaires. Les mouvements de résistance furent les premiers à organiser leur fuite mais il y eut aussi beaucoup d’aides spontanées et souvent les deux formes d’aide se complétèrent. Une partie de ces réfractaires décida de rallier la résistance active et rejoignit les maquis.




LES REFRACTAIRES ET LES MAQUIS


En Ardèche, 6650 hommes furent recensés. Sur ce chiffre 2100 partirent, 2200 furent réformés ou exemptés, 2330 furent réfractaires (chiffres donnés par Montagnes ardéchoises dans la guerre, tome 2, p. 69).

En avril et mai 1944, 179 départs de travailleurs pour l’Allemagne étaient prévus et seulement 11 hommes partirent.


On le voit, un très grand nombre de jeunes échappèrent au STO mais cela demanda l’aide d’un grand nombre de personnes.

Tout d’abord, il y eut de l’aide dans l’administration même chargée de la mise en place du STO.

Des jeunes sont, par exemple, classés dans des professions exemptées. Les cultivateurs n’étant pas concernés par le STO, beaucoup de jeunes deviennent paysans grâce à certains fonctionnaires, comme Marcel Champanhet.

Parfois, comme au Cheylard ou à Saint-Agrève, les listes de recensement furent détruites.

Il y a aussi , comme on l’a vu, des médecins qui jouent un grand rôle en déclarant inaptes beaucoup d’hommes.

Parfois des manifestations sont organisées. Ce fut le cas à Saint-Sauveur de Montagut le 4 mars 1943 où plusieurs manifestants furent arrêtés.

Pour tous ceux qui ne purent pas bénéficier de cette forme d’aide, il fallut agir car les autorités françaises organisèrent la chasse contre les réfractaires.

Tous ces réfractaires au Service du Travail Obligatoire ne pouvaient plus rentrer chez eux, étant recherchés par les forces de l’ordre françaises. Certains purent aller se cacher chez des agriculteurs qu’ils connaissaient. On a vu par exemple que Rosa Ranc accueillit deux réfractaires originaires de Lamastre.

D’autres, ne sachant pas où se réfugier, choisirent de rentrer dans des maquis et de s’engager dans le résistance active. Des filières les y aidaient.

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La convocation pour la Relève de Monsieur Robert Combe, habitant Lamastre, en janvier 1943. La Relève avait été mise en place avant le STO pour envoyer des ouvriers en Allemagne. De nombreux ouvriers tentèrent d’y échapper. Monsieur Combe prit le maquis.
-  Neveu de Charles Saignol, il se cacha à Saint-Basile puis s’engagea dans une compagnie de l’Armée Secrète.

-  Document fourni par l’association Les Rias





Par exemple il en existait une qui passait par Grozon pour envoyer les réfractaires de Valence sur le Chambon-sur-Lignon. Cette filière fut dénoncée par la légion des combattants de Lamastre et l’instituteur de St-Barthélémy-le-Pin et un agriculteur furent arrêtés.

Mais cette importante arrivée de jeunes dans les maquis engendra de gros problèmes. L’approvisionnement en nourriture, en vêtements, et le problème du logement furent des problèmes permanents.

Gilbert Sauvant, président de la fédération Drôme-Ardèche des déportés et fusillés, nous a confié lors de notre interview, qu’il dormait dans une bergerie en juillet 1944 avec des officiers français parachutés depuis Alger. Ils se ravitaillaient dans les fermes voisines. Une autre ferme les accueillit. Ils étaient aussi nourris par les voisins qui les aidaient même à l’occasion.

Ce témoignage illustre plusieurs aides spontanées nécessaires à la survie des réfractaires.

Ces aides spontanées viennent d’un grand nombre de personnes, de situations variées

Près de Lamastre, sur la commune de Saint-Basile, Charles Saignol accueille un grand nombre d’illégaux : des réfractaires au STO, des Juifs, des résistants. Il est en contact avec Edmond Lespet qui réceptionne et dirige les personnes en fuite sur des fermes amies.

Pour que tout cela fonctionne, il faut de nombreuses complicités. Louis Ducros dans son livre cite Boissy, boulanger à Lamastre, Edouard Roux, Rosa Blanc ( peut être s’agit-il de Rosa Ranc ?), Dorne, à Désaignes Elie Ruel, Paul Agier, Dejours, Ferdinand Faugeron, à St Jean Roure, Mandon, Jean Fay, à la Batie d’Andaure, Chambron, et sans doute manque-t-il un grand nombre de noms.



Charles Saignol créa un petit maquis à la Grangette en juin 1943.

Un autre maquis avait été créé dès la fin 1942 à La Cula, dans les gorges du Doux, près d’Etables. Il fut organisé par Henri Vuillemin, résistant venu de Montbéliard, dans une petite ferme appartenant au propriétaire du cinéma Palace à Valence.

Il devint très vite un maquis refuge. Là aussi les fermes voisines apportèrent de l’aide. Les familles Chieze, Delhomme, les habitants des hameaux de Couix, Subilla etc...

Le secrétaire de mairie d’Etables échangeait les tickets d’alimentation. Le gendarme Capion, de Tournon qui appartenait à Combat, prévenait régulièrement Henri Vuillemin des patrouilles que la gendarmerie envoyait à La Cula suite à des indiscrétions.


Pour les fugitifs il fallait également des faux papiers. Là encore, des fonctionnaires, des maires ou des employés de mairie apportèrent leur aide comme à la sous-préfecture de Tournon, à Désaignes ou encore à Saint-Jeure d’Andaure, Saint-Bazile et Nozières ou les instituteurs sont également les secrétaires de mairie. Ainsi on le voit, comme dans les deux autres chapitres, c’est l’existence d’une résitance organisée additionnée à des dizaines de bonnes volontés qui aidèrent les résistants pourchassés.

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Fausse carte de Monsieur Chambron Fernand de Désaignes. Document fourni par le musée de Désaignes

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Deux fausses cartes d’identité de Monsieur Robert Combe. Document fournis par l’association Les Rias.







L’AIDE MEDICALE


L’aide médicale dans la Résistance fut une aide capitale. Elle prit une grande importance au moment de la mise en place du STO car de nombreux médecins firent des certificats médicaux de complaisance pour empêcher les jeunes de partir en Allemagne. Par exemple le docteur Marcel Figuel, à Saint-Martin de Valamas en mars 1943 parvint à déclarer 90 % d’inaptes. A cette époque où en raison des restrictions les conditions de vie étaient difficiles pour l’ensemble de la population, les maquisards vivaient dans des conditions encore plus difficiles. Ils devaient dormir dans des granges et avaient une alimentation souvent pauvre. Louis-Frédéric Ducros écrit dans son livre qu’au maquis de La Cula, on mangeait parfois une tranche de pain avec quelques noix.

Le froid et la faim les rendaient donc encore plus vulnérables et ils pouvaient donc attraper n’importe quelle maladie. Vivant dans les bois et les montagnes, ils pouvaient aussi se blesser.

Il y avait bien sûr des risques plus élevés comme être blessé par balle lors de combats ou de tentative de sabotage. L’aide d’un médecin ou d’une infirmière était donc particulièrement précieuse.

Porter secours à un résistant, c’était prendre de grands risques ; ce qui s’est passé dans le Vercors le montre.

En juillet 1944 dans le Vercors, les Allemands trouvèrent la grotte de la Luire où s’était installé l’hôpital militaire de la Résistance. Les Allemands massacrèrent 12 blessés dans un champ près de la grotte et 7 autres un peu plus loin. Sept infirmières furent déportées et 2 médecins et un prêtre fusillés à Grenoble.

Les risques étaient d’autant plus grands que les médecins devaient parfois opérer dans des hôpitaux. Il fallait donc que tout le personnel de l’établissement soit discret et participe aux soins. Sans l’aide de ces personnes, de nombreux médecins n’auraient donc pas pu sauver de clandestins.

Une fois de plus on voit que la Résistance ne fut possible qu’avec le soutien de nombreuses personnes.


Nous avons choisi de vous présenter une figure de la résistance lamastroise, le docteur Elysée Charra.

A travers son exemple et celui de son collègue le docteur Grandcolas, on comprend toute l’importance de leur engagement.


Un médecin exemplaire, le docteur Elysée Charra

En 1940, nous raconte Monsieur Grandcolas, sur le canton de Lamastre, il n’y avait que deux médecins, le docteur Elysée Charra et lui même qui venait de s’installer.

Dans le courant de l’année 1942, le Dr Elysée Charra, médecin chef à l’hôpital de Lamastre entre dans la Résistance, avec Henri Chaudier, cantonnier, Maurice Anselin chef de subdivision d’une compagnie d’électricité, et quelques autres. Il va jouer un rôle primordial en apportant, entre autres, une aide médicale à beaucoup de résistants.

Dés le mois de décembre 1942, par l’intermédiaire de Noël Preti, membre du mouvement Combat, il prend contact avec le maquis de la Cula qui vient d’être créé dans les gorges de la vallée du Doux, entre Etables et Saint-Barthélémy le Plain (voir carte).

Elysée Charra va devenir le médecin de ce maquis (qui a selon Monsieur Ducros une quinzaine d’hommes en permanence) mais aussi de tous les illégaux de la région comme l’atteste Louis Fréderic Ducros dans son livre "Montagnes ardéchoises dans la guerre".

L’action du docteur est vite connue dans la région. En 1943, mis en relation avec le docteur Rigal de Valence, celui-ci lui envoie des maquisards blessés dans la Drôme. Ces résistants sont accueillis et soignés à l’hôpital de Lamastre.

Toujours en 1943, au mois de juillet, le Dr Charra hospitalise clandestinement Raoul Galataud pour l’opérer d’urgence d’une hernie. Raoul Galataud est recherché par la police. Condamné par la section spéciale du tribunal de Clermont-Ferrand (pour « menées de nature communiste » - comme Guy Mocquet), ce jeune communiste clandestin à été envoyé dans la région de Tournon pour y créer des groupes de Francs-Tireurs et Partisans (FTP). Les risques d’une telle opération sont donc grands.

Dans le courant de l’été, les menaces vont s’accentuer sur le docteur Charra.

Le 31 août, la gendarmerie va arrêter son ami Charles Saignol, créateur du maquis de la Grangette sur la commune de Saint-Basile.

Heureusement les maquisards alertés avaient pu rejoindre le maquis de la Cula. Le petit hôpital de campagne que le Docteur Charra avait mis en place dans une grange de Charles Saignol, à La Pras, a pu être déménagé dans la nuit. Ce petit hôpital avait été mis en place après que le docteur Charra ait été « soumis à des menaces directes de dénonciation pour les malades et blessés clandestins qu’il soignait précédemment à l’hôpital de Lamastre ».

Malgré les risques, au cours des mois suivants le docteur va intervenir encore de nombreuses fois : Eugène Duprez, blessé par des gendarmes de Saint-Donat est examiné par deux médecins de la localité puis transporté et opéré d’urgence à la clinique St-Joseph à Valence et enfin envoyé à Lamastre.

Le 18 mai 1944, un jeune réfractaire au STO, Etienne Valla de Jaquet est blessé par des miliciens lors des opérations contre le maquis dans le secteur de Toulaud. Il parvient à s’échapper plusieurs jours après et est soigné par le docteur Charra à Lamastre.

Dans la nuit du 23 au 24 mai 1944 un autre résistant, Maurice Picq, de la 7101e cie FTPF est blessé d’une balle dans la poitrine lors d’une action de sabotage entre Vion et Tournon. Il est transporté à l’hôpital de Lamastre où le docteur Charra tente de le sauver mais il décède dans la nuit.

L’hôpital du Ranc

Au printemps 1944, la Résistance sur le secteur de Lamastre est bien structurée.

Après la libération de Lamastre, le 6 juin 1944, un hôpital fut mis en place pour une meilleure prise en charge des blessés car les combats vont s’accentuer.

Le docteur Charra et le docteur Grancolas qui travaillent maintenant ensemble vont recevoir de l’aide.

Ainsi le docteur lyonnais Albert Trillat, va arriver en Ardèche pour retrouver son ami le docteur Charra. Venu en train jusqu’à Tournon, il monta à Saint-Félicien. Là, il fut arrêté par les FTP qui le soupçonnaient d’être un espion ou un milicien. Heureusement le docteur Charra, prévenu, vint le délivrer.

A partir de là un véritable hôpital de campagne fut créé. Il fut installé dans une bâtisse au Ranc, entre Lamastre et Désaignes, pour mettre les blessés à l’abri de l’ennemi allemand.

Là le docteur Trillat, très bon chirurgien, aidé des docteurs Charra et Grancolas, ainsi que du docteur Cadet de Tournon, soigna de nombreux blessés. Dans ce travail quotidien ils furent assistés de jeunes étudiants en médecine, Jean Charra et Pierre Bouygues, par mademoiselle Canonge et des religieuses dont la mère supérieure , soeur Alphonse Perbet.

De nombreuses vies furent sauvées.

Le capitaine Binoche, par exemple, blessé au Cheylard lors des combats du 14 juin dut être amputé du bras droit. Lorsque les combats de la Libération commencèrent, au mois d’août 1944 le docteur Trillat rejoignit l’armée De Lattre de Tassigny et continua le combat en Alsace puis en Allemagne jusqu’à la victoire finale.

Le docteur Grandcolas, lui, rejoignit une compagnie FTP et l’accompagna jusqu’à la libération de Lyon. L’action des médecins fut donc importante. Il était capital pour les résistants de savoir qu’en cas de coup dur, ils pourraient être soignés.

Cette action, peu spectaculaire est restée souvent méconnue.

Il faudrait aussi souligner le rôle de toutes les infirmières qui assistèrent les médecins. Le rôle des femmes dans la Résistance est souvent méconnu.

Dans ce sujet nous nous en sommes rendus compte car à notre grand regret nous n’avons trouvé aucun témoignage sur leur action. Pourtant, qu’auraient fait les médecins sans l’aide des infirmières ?

E. Delanoé







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